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Entreprise familiale : quand l’implicite prend le dessus sur l’explicite

« Officiellement, les règles du jeu sont claires… »

« Mais en réalité, les choses ne se passent jamais comme il se devrait. »

« On a un organigramme officiel… mais il existe des courants invisibles qui prennent le pouvoir. »


Et, au fond, une question finit toujours par surgir :

« Qui décide vraiment ici ? »


Dans beaucoup d’entreprises familiales, il existe deux niveaux.


Le premier est visible, rassurant, présentable. Il tient dans un organigramme, des fonctions, des procédures, des réunions et des décisions officielles.


Le second est beaucoup plus discret. Il se loge dans les regards, les silences, les loyautés, les susceptibilités, les habitudes, les permissions tacites et les personnes que personne n’ose vraiment contredire.


Autrement dit : ce qui est écrit n’est pas toujours ce qui gouverne.


Et lorsque l’implicite prend le dessus sur l’explicite, l’entreprise ne fonctionne plus selon des règles connues et assumées. Elle fonctionne selon des règles parallèles, souvent invisibles, parfois contradictoires, presque toujours coûteuses.


Dans les entreprises familiales, ce problème est beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit


Ce que vous vivez n’a rien d’exceptionnel.

Dans une entreprise familiale, l’entreprise n’est jamais un simple système d’organisation. Elle est aussi un lieu de loyautés, de reconnaissance, de transmission, de dettes symboliques et de rapports affectifs.

C’est précisément ce qui fait sa force. Mais c’est aussi ce qui la fragilise.


Lorsque les rôles familiaux et les rôles professionnels se superposent, le cadre officiel ne suffit plus toujours à piloter l’entreprise. Comme le rappellent les travaux de la Harvard Business School sur la manière dont les rôles de leadership doivent être pensés dans l’entreprise familiale, des rôles mal conçus ou mal clarifiés exposent directement la gouvernance à la confusion et à la paralysie.


Le problème n’est donc pas toujours l’absence d’organisation. Le problème est souvent plus subtil : il existe bien une organisation affichée, mais elle est concurrencée par une autre organisation, invisible, faite d’influence informelle et de rapports de force tacites.


Dans ce type de système, l’organigramme dit une chose. La vie réelle en raconte une autre.


Comment reconnaître que l’implicite a pris le pouvoir


Le signe le plus clair, c’est celui-ci : l’entreprise semble structurée, mais les décisions ne suivent pas la structure.

Ce décalage peut prendre plusieurs formes.


La première, c’est la présence de personnes qui ne figurent pas vraiment dans l’organigramme… mais qui pèsent davantage que ceux qui y figurent. Un parent encore très influent. Un membre de la famille que l’on consulte avant tout arbitrage important. Une figure historique sans fonction exécutive, mais dont l’avis vaut validation. Une personne peu compétente, mais intouchable parce qu’elle incarne autre chose que sa fonction.

Le pouvoir réel ne se situe alors plus là où il devrait se situer. Il se déplace. Il circule. Il se dérobe au cadre officiel.


La deuxième forme, ce sont les décisions déjà prises avant les réunions. Officiellement, on se réunit pour débattre. En pratique, on vient parfois entériner un arbitrage effectué ailleurs, dans un couloir, au téléphone, à la maison ou entre deux personnes seulement. Les recherches sur la manière dont les réseaux informels structurent le fonctionnement réel des organisations montrent d’ailleurs que les circuits d’influence ne suivent pas toujours les structures officielles. Dans l’entreprise familiale, ce phénomène est souvent encore plus marqué.


La troisième forme, ce sont les règles à géométrie variable. Pour certains, les procédures s’appliquent. Pour d’autres, elles s’adaptent. Un collaborateur non familial sera recadré. Un membre de la famille sera ménagé. Un manager devra rendre des comptes. Un proche du fondateur y échappera. Peu à peu, le cadre cesse d’être perçu comme un cadre. Il devient un décor.


La quatrième forme, ce sont les choix irrationnels destinés à préserver l’équilibre familial. On maintient quelqu’un à un poste qui n’est pas le sien. On reporte une décision nécessaire pour ne pas heurter. On n’ose pas nommer le plus compétent parce que cela fragiliserait un autre membre de la famille. On choisit le supportable plutôt que le juste.


La cinquième forme, plus insidieuse encore, ce sont les non-décisions. Rien n’explose vraiment. Rien n’est tranché non plus. Un problème est connu de tous, mais personne ne le nomme. Un comportement pose difficulté, mais personne ne le recadre. Une place n’est pas claire, mais chacun fait comme si cela pouvait encore durer. L’entreprise ne souffre pas seulement de mauvaises décisions. Elle souffre aussi des décisions que personne n’ose prendre.


Enfin, il y a un signe très révélateur : les collaborateurs ne comprennent plus selon quelles règles l’entreprise fonctionne vraiment. Ils voient bien qu’il existe un cadre officiel, mais ils perçoivent aussi qu’un autre cadre, invisible, le contourne en permanence.

Cela nourrit la confusion, la prudence excessive, la perte de repères et, à terme, le désengagement.


Ce qui se joue vraiment : des courants invisibles de pouvoir


Pourquoi ce fonctionnement s’installe-t-il ? Pourquoi l’implicite prend-il le dessus même lorsque tout le monde voit qu’il abîme l’entreprise ?


Parce que l’implicite protège. Au moins au départ.


Rendre les choses explicites obligerait à nommer des sujets sensibles : qui décide vraiment, qui ne devrait plus décider, qui occupe une place sans légitimité suffisante, qui est protégé, qui est contourné, qui empêche, qui n’ose pas, qui ne peut pas.


Or dire ces choses expose. Cela peut blesser. Cela peut décevoir. Cela peut faire tomber un équilibre ancien.


Alors on laisse flotter. On évite. On contourne. On temporise.


Les travaux d’Amy Edmondson sur les normes tacites et la sécurité psychologique dans les équipes montrent bien que les groupes fonctionnent largement sur des croyances implicites concernant ce qui peut être dit, contesté ou mis sur la table. Lorsqu’un système ne permet plus de parler clairement, il ne supprime pas les tensions. Il les enterre.


Dans l’entreprise familiale, cette dynamique est encore renforcée par les biais humains les plus ordinaires : la tendance à favoriser ceux qui appartiennent au même cercle, la difficulté à s’opposer au groupe, la volonté de ne pas rompre la loyauté. Les analyses consacrées à la préférence spontanée accordée à son propre groupe ou à la manière dont la loyauté collective peut étouffer le jugement individuel aident à comprendre pourquoi certaines décisions paraissent irrationnelles de l’extérieur alors qu’elles sont, en réalité, fidèles à une autre logique : celle de l’appartenance et de la protection du groupe.


Autrement dit : le problème n’est pas seulement un problème d’organisation. C’est un problème de pouvoir, de loyauté, de place et de capacité à rendre dicible ce qui dérange.


Le coût réel pour l’entreprise


Ce flou a un coût. Et ce coût est rarement symbolique.


D’abord, les décisions ralentissent. Chacun attend un signal, une validation informelle, une réaction, un feu vert venu d’ailleurs. Officiellement, la responsabilité est posée. Dans les faits, elle n’est pas reconnue.


Ensuite, la confiance s’érode. Les managers ne savent plus si leur autorité sera soutenue. Les équipes ne savent plus si la règle vaut pour tous. Les collaborateurs non familiaux comprennent très vite qu’il existe un code qu’ils ne maîtrisent pas.


Puis vient la démotivation. Car il n’y a rien de plus usant, pour une équipe, qu’un système où les règles visibles sont contredites par des règles cachées. On cesse alors de s’engager pleinement. On apprend à se protéger. On ralentit. On attend. On se retire intérieurement.

Les organisations les plus solides sont précisément celles qui savent introduire de la clarté et de l’alignement dans leurs modes de fonctionnement. Lorsqu’une entreprise dit une chose et en fait une autre, elle s’épuise elle-même.


L’implicite protège peut-être les relations à court terme. Mais il fragilise l’entreprise à long terme.


Remettre de l’explicite ne crée pas le problème : cela le rend visible


Beaucoup de familles dirigeantes redoutent ce moment.


Elles craignent que mettre les choses à plat aggrave les tensions. Que clarifier fasse exploser ce que l’on tente de tenir ensemble. Que formaliser soit perçu comme un manque de confiance.


En réalité, c’est souvent l’inverse.


Comme le souligne très justement Harvard Business Review à propos de la nécessité de politiques formelles pour protéger les entreprises familiales du chaos interpersonnel, formaliser n’est pas une marque de défiance. C’est une manière de protéger à la fois l’entreprise et les liens.


Remettre de l’explicite, cela veut dire plusieurs choses.

  • Clarifier les rôles : qui décide, qui conseille, qui exécute, qui n’a plus à arbitrer.

  • Nommer les règles : entrée dans l’entreprise, responsabilités, recadrage, prise de décision, place des non-familiaux.

  • Assumer les lieux réels de pouvoir : si quelqu’un pèse sur les décisions, cela doit être pensé et cadré, pas subi en silence.

  • Distinguer ce qui relève de la famille et ce qui relève de l’entreprise : une susceptibilité familiale ne doit pas faire office de politique de gouvernance.

  • Accepter enfin de trancher là où l’on se contentait de temporiser.


Il ne s’agit pas de bureaucratiser. Il s’agit de remettre de la cohérence entre le pouvoir officiel et le pouvoir réel.


Tant que cette cohérence n’existe pas, les tensions continueront de s’exprimer en dehors du cadre, et l’entreprise continuera de payer le prix de ce qui n’est jamais dit.


Comment je vous accompagne dans cette situation


Dans ce type de contexte, mon travail n’est pas d’ajouter une couche de procédures abstraites sur une réalité déjà trop confuse.


Mon travail consiste d’abord à faire apparaître le fonctionnement réel de l’entreprise.

Qui décide vraiment ? Qui influence ? Qui bloque ? Qui contourne ? Qui n’ose pas ? Quelles règles visibles sont en fait neutralisées par des règles parallèles ?


À partir de là, l’enjeu est de redonner un cadre compréhensible, juste et tenable.


Concrètement, j’accompagne les entreprises familiales pour :

  • rendre visibles les courants invisibles qui influencent les décisions ;

  • réaligner les rôles officiels et les pouvoirs réels ;

  • clarifier les territoires de décision ;

  • nommer les règles du jeu ;

  • protéger l’entreprise d’une gouvernance dictée par l’implicite.


Je ne prends pas parti pour un camp contre un autre. Je sécurise le cadre pour que l’entreprise cesse d’être gouvernée par ce qui ne se dit pas.


Ce que disent ceux que j’ai accompagnés


Dans une entreprise familiale industrielle, un dirigeant officiel animait toutes les réunions stratégiques. Sur le papier, tout était clair.

En réalité, aucune décision importante n’était prise sans validation informelle d’un membre historique de la famille, pourtant absent de l’organigramme opérationnel. Les équipes l’avaient compris avant tout le monde. Les réunions servaient à habiller des arbitrages déjà faits ailleurs.

En clarifiant les lieux de décision et en redonnant une frontière nette entre l’influence familiale et le pilotage de l’entreprise, la légitimité du dirigeant a pu être restaurée.


Dans un autre cas, un membre de la famille échappait systématiquement aux règles appliquées au reste de l’équipe. Les managers n’osaient plus intervenir. Les collaborateurs non familiaux se désengageaient.

Officiellement, l’entreprise avait des procédures. En réalité, chacun savait qu’elles ne valaient pas pour tout le monde.

Le travail n’a pas consisté à rajouter des tableaux Excel. Il a consisté à rendre explicite ce qui devait enfin l’être, pour restaurer un sentiment de justice et de lisibilité.


Dans ces situations, le problème n’était pas le manque d’intelligence, de volonté ou de compétence. C’était le décalage entre l’entreprise affichée et l’entreprise réelle.


Prendre la bonne décision, maintenant


Dans une entreprise familiale, le danger n’est pas seulement l’absence de règles.

Le danger, c’est l’existence de règles parallèles, invisibles, que tout le monde ressent mais que personne ne formule clairement.


La vraie question n’est donc pas : avez-vous un organigramme ?


La vraie question est : est-ce bien lui qui gouverne l’entreprise ?


Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, ne laissez pas l’implicite continuer à décider à votre place. Le premier pas n’est pas de compliquer les choses. Le premier pas est de rendre visible ce qui pilote déjà votre entreprise en silence.


Parlons-en. Chaque jour compte lorsque l’avenir d’une entreprise familiale est exposé à des courants invisibles qu’elle ne maîtrise plus.

Parlons de votre situation

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Christopher Robert

Mon métier : gérer les crises relationnelles

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Je réponds personnellement.

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