
Comment oser dire les choses à ses collaborateurs ?
« Comment lui dire qu’il a mauvaise haleine ? » « Comment lui dire qu’il a des pellicules sur sa veste ? « Comment lui dire que l’odeur qu’il dégage n’est pas très agréable ?
« Comment lui dire qu’il est mal habillé ? « Comment lui dire qu’il devrait cirer ses chaussures ? « Comment lui dire qu’il n’a pas les bonnes manières à table ? « Comment lui dire qu’il comment des erreurs de syntaxe ?”
Ces questions peuvent sembler anodine. Elle ne le sont pas.
Peut-être avez-vous déjà repoussé ce moment. Vous vous êtes dit que cela passerait. Que quelqu’un d’autre le ferait. Que ce n’était “pas si grave”. Pourtant, vous sentez bien que la situation installe un malaise. Les collaborateurs évitent certains échanges. Les réunions deviennent inconfortables. La relation se tend.
Le problème n’est pas l’haleine. Le problème, c’est la difficulté de faire une remarque personnelle au travail.
Et cette difficulté touche beaucoup plus de dirigeants qu’on ne le croit.
Ces situations sont plus courantes qu’il n’y paraît
On imagine souvent que le rôle du dirigeant consiste à prendre des décisions stratégiques, piloter des chiffres, gérer des projets complexes. En réalité, le cœur du métier est humain.
Or, les situations sensibles sont fréquentes :
Un collaborateur qui revient du sport sans se doucher et dont l’odeur devient difficilement supportable en open space.
Une mauvaise haleine persistante qui complique les rendez-vous clients.
Un comportement gênant en réunion.
Une attitude déplacée ou sarcastique qui fragilise la cohésion d’équipe.
Ces sujets ne relèvent pas de la compétence technique. Ils touchent à la personne.
C’est précisément pour cela qu’ils paralysent.
Selon plusieurs études sur les dynamiques relationnelles en entreprise, une majorité de collaborateurs et de managers reconnaissent éviter les conversations difficiles. On préfère contourner, temporiser, espérer une amélioration spontanée. Pourtant, le non-dit a un coût : perte de crédibilité, tension diffuse, dégradation progressive de l’autorité.
Vous n’êtes pas un cas isolé. Vous êtes face à une situation classique de leadership.
Et l’éviter ne la rendra pas plus simple.
Pourquoi ces remarques sont si difficiles à formuler
Faire une remarque personnelle n’est pas anodin. Trois peurs dominent :
La peur d’humilier.
La peur de blesser durablement la relation.
La peur d’être perçu comme dur ou injuste.
À cela s’ajoute une incertitude : et si la cause était médicale ? culturelle ? liée à un problème personnel plus profond ?
Beaucoup de dirigeants se retrouvent donc coincés entre deux inconforts : parler et risquer le malaise, ou se taire et laisser le malaise s’installer.
Or, le silence n’est pas neutre. Il fragilise le cadre.
Un dirigeant n’est pas seulement un décideur. Il est garant d’un environnement de travail sain et respectueux. Cela implique parfois d’aborder des sujets délicats.
Ce que vous devez faire maintenant
La question n’est pas “dois-je en parler ?” La question est : comment en parler correctement ?
1. Clarifier votre intention
Avant toute chose, interrogez-vous :
Est-ce que j’agis pour protéger le collectif ?
Est-ce un fait observable ou un jugement personnel ?
Suis-je prêt à rester calme et respectueux ?
Votre intention doit être claire : aider, pas sanctionner.
2. Distinguer la personne du comportement
On ne remet pas en cause l’identité d’un collaborateur. On parle d’un fait et de son impact.
Une structure simple fonctionne très bien :
La situation.
Le comportement observé.
L’impact concret.
Par exemple :
« Depuis quelques semaines, j’ai remarqué qu’après le sport du midi, il y a parfois une odeur de transpiration assez marquée dans l’open space. Cela crée un inconfort pour l’équipe. Je préfère t’en parler directement plutôt que laisser un malaise s’installer. Comment vois-tu la situation ? »
Calme. Factuel. Sans ironie.
3. Choisir le bon cadre
Toujours en privé. Jamais dans l’émotion. Jamais devant d’autres.
Plus vous tournez autour du sujet, plus la discussion devient humiliante. La sobriété protège la relation.
4. Ne pas supposer la cause
Une mauvaise haleine peut être liée à un problème dentaire, médical ou temporaire. Un problème d’odeur peut être logistique (absence de douche) ou personnel.
Votre rôle n’est pas d’interpréter. Il est de constater et d’ouvrir le dialogue.
5. Chercher une solution, pas un coupable
Terminez par une question ouverte :
« Comment pouvons-nous régler cela ? »
« As-tu besoin de quelque chose pour que la situation s’améliore ? »
Un dirigeant ferme n’est pas un dirigeant brutal. Il est clair et juste.
Comment je peux vous accompagner dans ce type de situation
Dans l’accompagnement des dirigeants, ces sujets reviennent régulièrement.
Ce qui bloque n’est pas la formulation. C’est la posture.
En tant que coach, mon rôle est de vous aider à :
Clarifier votre légitimité.
Structurer votre discours.
Anticiper les réactions possibles.
Rester aligné entre bienveillance et fermeté.
Nous travaillons sur la posture d’autorité saine : celle qui protège le cadre sans écraser la personne.
Je vous aide à préparer l’entretien, à poser les mots justes et à rester stable émotionnellement. Vous ne vous improviserez pas psychologue. Vous agirez en dirigeant.
Ce que disent ceux que j’ai accompagnés
Ces situations, prises à temps, deviennent souvent des tournants.
Récemment, j’ai accompagné un dirigeant dont la relation avec un collaborateur était déjà tendue. Le problème : une mauvaise haleine persistante qui compliquait les rendez-vous clients. Le dirigeant redoutait que toute remarque soit interprétée comme une attaque personnelle.
Nous avons préparé l’entretien ensemble : clarification de l’intention, formulation factuelle, durée courte. L’échange a duré moins de dix minutes. Le collaborateur n’avait pas conscience de l’impact. Il a consulté rapidement et réglé le problème. La relation, paradoxalement, s’est apaisée. Le dirigeant a retrouvé sa légitimité.
Dans un autre cas, un cadre revenait chaque midi du sport sans possibilité de se doucher. L’odeur devenait ingérable en open space. L’équipe murmurait, personne n’osait parler. Après un travail de préparation, le dirigeant a abordé le sujet calmement, en cherchant une solution logistique. Télétravail certains jours, horaires adaptés, organisation différente. Le problème a disparu en une semaine. Le soulagement collectif a été immédiat.
Dans ces deux situations, le point commun n’était pas l’hygiène. C’était le courage relationnel.
Prendre la bonne décision, maintenant
Faire une remarque personnelle au travail n’est jamais confortable.
Mais ne pas la faire est souvent plus coûteux.
Un dirigeant n’est pas là pour éviter les sujets sensibles. Il est là pour maintenir un cadre clair, respectueux et professionnel.
Si vous hésitez face à une situation délicate, parlons-en. Un échange suffit parfois à clarifier votre posture et à transformer un moment inconfortable en acte d’autorité juste.
Ne laissez pas le non-dit s’installer.
Prenez la bonne décision, maintenant.



